Voilà, je suis à mon bureau, comme chaque jour.
J'ai reçu aujourd'hui ma première carte postale de France. C'est un jour faste ! Je salue tous les Bretons de Pontivy ! Je rappelle aux autres qu'une carte postale pour le Japon ne vous coûtera pas plus de 0,90 E !
Je vous envoie mon adresse, comme ça vous n'avez plus d'excuses :
Romain Jourdan
Tomatsuri Haitsu A 201
Utsunomiya-shi Tomatsuri-chou 2093-3
320-0053 Tochigi-ken
Japon
J'ai l'intention maintenant, asseyez-vous, servez-vous un thé ou du café, de vous raconter par le détail mon demi-mois d'août, ses péripéties exaltantes comme ses grands moments de solitudes (j'exagère un peu !)
Lundi premier
J'ai besoin d'un portable, mes collègues me l'ont dit, Eric me l'a dit : pas de vie sociale au Japon sans portable. Mes collègues doivent pouvoir me contacter à n'importe quel moment, il me faut un portable.
D'accord, je suis venu au Japon pour essayer des trucs nouveaux, pourquoi pas un téléphone portable ? (keitai en japonais)
J'ai potassé un peu les brochures et j'ai choisi un portable à mon goût, vert flashy, avec des fonctions bizarres telles que la boussole ou le GPS (j'ai un très mauvais sens de l'orientation).
Un de mes supérieurs à fait jouer ses relations, et voici qu'une vendeuse débarque au bureau dans l'après-midi avec le dit-téléphone et un contrat prêt à être signé.
Je peux faire des photos avec mon keitai, qu'à celà ne tienne !
Et voilà, la vendeuse est flashée, sourire forcé.
Bon, vous me direz, la vendeuse, on s'en fiche un peu (elle est gentille, mais bon...), nous ce qu'on veut, c'est du Japon, de l'exclusif, de l'inédit !
Ca arrive (ou pas).
Mardi deux
Ca y est, ça commence, je m'ennuie au travail. Jusqu'à maintenant, on m'a donné quelques documents à traduire, quelques mails à envoyer. Et puis là, tout d'un coup, rien. J'arrive à 9h30, petites salutations du matin "Ohayô gozaimasu", je m'installe devant mon poste. Je commence par vérifier mes mails, et puis... le temps passe, jusqu'à midi. Beaucoup plus lentement que ça, en fait. A la pause de midi, j'explose : Sortons manger quelque part !
Malheureusement, tout le monde a commandé un bentô (plateau repas), et chacun mange à son bureau, sans lever les yeux de son ordinateur.
Ce n'est pas tous les jours comme ça, mais ça arrive !
Je vais me chercher moi aussi à manger, à l'épicerie du rez-de-chaussée. En un quart d'heure c'est fini. Il me reste trois quarts d'heure pour faire autre chose ! Je dois me dégourdir les jambes. Le batiment où je travaille fait treize étages. Prenons les escaliers. Transpirant, essouflé (maso ?), j'arrive au treizième, où je m'affale sur un canapé, tout en profitant de la vue panoramique.
J'aime bien cet endroit, c'est calme. Il y a même une moto de la police et une super mascotte de la police avec laquelle on peut faire une photo.
Je ne vous ai pas dit ? La préfecture est en travaux jusqu'en 2008, ce qui fait que les différents services sont répartis dans toute la ville. Du coup, nous on est dans un batiment de la... police (vous aviez-deviné ?)
L'après-midi passe vite, nous recevons un coup de fil d'un français paumé dans Utsunomiya, à la recherche d'un parc ou d'un champ pour faire du camping, parce que l'hôtel ça coute cher.
Et nous voilà partis à la rescousse de cet aventurier, bravant la chaleur extérieure, monsieur le chef-adjoint en charge des échanges et de la coopération et moi-même, en route pour l'association internationale de Tochigi (TIA). Là, toute l'équipe pianote sur internet, fouille des registres, passe des coups de téléphone, pour trouver, heureux dénouement, l'adresse d'un hôtel-capsule près de la gare à 3 000 Y la nuit (23 E).
Mission accomplie ! Je peux rentrer à la maison, il est cinq heures et demi.
A peine le temps d'avaler quelques brochettes qu'il est temps d'aller au Tai chi chuan ! Une collègue m'a donné une adresse, je vais y jeter un oeil.
Le lieu : un centre social (vaste, vide, aseptisé, petite musique d'ambiance)
Le prof : une femme pas loin de la soixantaine
Les élèves : autant d'hommes que de femmes, entre 35 et 65 ans et... un Français !
Non, je ne parle pas de moi ! Il y avait un autre Français, genre grand, 25 ans, un peu la même gueule que moi. Après le cours, on discute un peu : il est à Utsunomiya pour trois jours dans une famille d'accueil. On va manger tous ensemble des sushis, avec les gens du cours. L'ambiance est très sympa, on me donne un surnom : Maron ! J'ai beau leur expliqué que je m'appelle Romain (Roman), ils comprennent tout à l'envers !
C'est pas grave, je ne me vexe pas, j'ai l'âge d'être leur fils, de toute manière.
N'empêche ça y est ! J'ai un pied dans la société japonaise !
Je suis même invité à venir à un cours de français la semaine prochaine, dans le centre d'Utsunomiya.
Après une journée comme celle-ci, je prends un bon bain chaud, et dodo !
Mercredi trois
Je ne vais pas vous raconter mon boulot en long en large et en travers, mais sachez qu'aujourd'hui encore, j'ai rencontré des Français ! Un lycéen du Vaucluse, en vacances quelques jours à Utsunomiya, mais aussi un JET franco-anglais (drôle de mélange ?) parfaitement bilingue en français et en anglais mais pas vraiment (pas du tout) en japonais. Il est à Utsunomiya pour au moins un an, je ne serais pas le seul français !!!!
Après le travail, j'ai droit à un pot d'accueil avec mes collègues dans un restaurant. Je suis un peu inquiet, les beuveries entre collègues ont la réputation d'être terribles et pour en rajouter une couche Eric m'a raconté des anecdotes douteuses.
Curieusement l'ambiance est plutôt bonne enfant, nous sommes trois CIR, Da Xiaojing, la Chinoise, Michael Barry l'Etats-unien, et moi, puis dans l'ordre hierarchique : le chef du service des relations internationales, le chef-adjoint du service des relations internationales, le chef-adjoint en charge des échanges et de la coopération (notre chef à nous), puis les trois responsables des échanges avec la Chine, les Etats Unis et la France (nos superviseurs) ainsi que "Junior" Ishikawa, qui supervise les JETs à l'échelle du département.
Tous ces détails, vous vous en foutez (avouez !), mais imaginez que j'ai du me creuser la tête pour faire une traduction des termes japonais...
C'est pas grave, on mange, on boit. En mon honneur, on commande une bouteille d'awamori, l'alcool d'Okinawa, 45°!
Mon collègue Michael m'offre une bouteille de vin et... je n'arrive pas à l'ouvrir !!!!! Lorsqu'en plus ils découvrent que je ne mange pas de fromage, je manque de me faire virer à peine une semaine après être arrivé !!!! Enfin, j'en verrai d'autres....
Jeudi quatre
Pendant le travail, je reçois un mail d'un garçon nommé Takashi. J'ai laissé hier à l'association internationale un message sur le panneau d'affichage : "Je suis français, je viens d'arriver à Utsunomiya, soyons amis !" Il me donne rendez-vous le soir même, dans un café.
Bien sûr, je me dis : sur quoi je vais tomber ? un homo ? un super-rat de bibliothèque ? Quoi d'autre encore ? Tout ça en même temps ?
Je suis au lieu de rendez-vous à 19 heures. Il m'appelle, il aura du retard. Enfin il arrive, un grand costaud, avec un beau sourire. Il me dit : "C'est toi Romain ? Tu es BEAU !!!!"
Forcément, j'ai un peu peur.... Et puis c'est pas tout les jours qu'on me dit que je suis beau, surtout depuis qu'Anouk est à des milliers de kilomètres.
"Suis moi, je t'emmène quelque part !"
Je m'inquiète... On arrive devant une Jeep, style militaire, énorme. A l'intérieur, une fille ! Ouf !!! (je suis peut-être naïf ?)
Je monte à l'arrière et direction un café français. On s'assoie en terrasse. Takashi m'explique, dans un français presque parfait, qu'il a passé deux ans à Quebec, qu'il travaille maintenant comme serveur dans un golf à une trentaine de kilomètres d'Utsunomiya. La fille avec lui n'est pas sa copine mais une amie de la fac qui a appris le français en même temps que lui. Elle a oublié depuis. Il s'est marié avec une Québecquoise il y a un peu plus de six mois. Elle viendra le rejoindre d'ici... 6 mois ! Autant dire qu'on a quelques points communs... On parle du Québec, de la chanson française, puis d'échanges de conversations, pour les Japonais qui s'interessent à la France. Takashi connaît presque tous les Français du département !
C'est dommage, lui et son amie habitent à trente kilomètre d'Utsunomiya, à Oyama, on ne se verra pas souvent. Mais je suis quand même vachement épaté de rencontrer un Japonais qui parle aussi bien français à Utsunomiya !
Vendredi cinq
C'est la fin de la semaine ! La ville se prépare pour le matsuri (le festival), deux jours de parades, de concerts, une ambiance de fête foraine, des odeurs de fritures partout et les Japonais qui s'habillent pour l'occasion en costumes traditionnels, yukata pour les filles, jinbei pour les garçons.
En marchant dans les rues, je remarque une petite décoration au goût français...
(J'ai fini ma journée de travail. La maman de Michael est venue nous rendre visite aujourd'hui, elle est de passage au Japon après des vacances à Dubai. Elle nous a apporté des dattes, c'est une grande nouveauté pour les Japonais du bureau !
Je vais être pas mal occupé les jours à venir. Demain arrive un groupe de Français du Vaucluse (des Vauclusiens ?) je vais les accompagner dans leurs visites, leur servir d'interprètre lorsqu'ils rencontreront le gouverneur et les officiels (waouh ! je vais même passer à la télé !!!)
Ce week-end, je vais dans une famille passer une nuit et vivre à la japonaise. C'est une activité organisée par Michael pour les nouveaux JETs. Lundi, les fabulous Pollet Sisters viendront peut-être me rendre visite à Utsunomiya, ensuite j'ai une visite d'école mardi, mercredi une réunion d'orientation, et j'accompagne jeudi et vendredi les Vauclusiens en excursions !
Maintenant que j'ai du boulot, je vais peut être arrêter de me plaindre ! En tout cas, je n'en n'aurai plus le temps !!!!!
Au fait, j'ai un ordinateur, ça y est !!!! Bonne fin de semaine tout le monde ! Gros bisous !)