Salut les jeunes !
C'est le bordel, c'est la misère, c'est pinch (en japonais) !
Je ne sais plus par quoi commencer. Suivons les aventures de trois anti-héros sympathiques et plutôt en mauvaise posture actuellement !
M.
D'abord ma jeune collègue a des soucis. Ecoutez bien. Elle a fait l'interprète dernièrement lors d'un "industrial tour" dans Tochigi organisé pour des entrepreneurs etrangers. Là elle s'est fait abordé par un vieux qui s'est mis à la draguer lourdement. 65 ans, la bague au doigt, il lui fait le regard de vicieux et lui propose d'aller manger un morceau ensemble un de ces quatre, de se revoir. Elle aimerait fuir, mais le hic c'est que ce vieux gars est en fait le patron d'une grosse entreprise d'automobile de la région. Juste avant la fin de la réunion, le vieux gars lui annonce qu'il va lui faire traduire un powerpoint d'une heure et demi de présentation de l'entreprise. Ma collègue, légèrement inquiète en touche un mot à son superieur qui lui dit qu'il y a peu de chance qu'une entreprise privée demande une pareille faveur à la prefecture.
Elle rentre chez elle, rassurée de ne plus avoir à faire avec ce vieux dégueulasse.
Le lendemain au boulot elle reçoit un coup de fil de son supérieur qui lui annonce qu'elle va devoir travailler pour la compagnie N.
Il ajoute : "Dans la vie on ne fait pas toujours ce qu'on veut".
Du coup elle me raconte toute cette situation. Je la rassure en lui disant qu'elle n'aura pas à revoir ce gars et qu'elle a juste à faire de la traduction à son bureau.
Sauf que... ce matin un énième coup de fil, conversation avec le superviseur et voilà que... elle va être envoyée dans la compagnie pour une journée, en compagnie de son superviseur heureusement.
Nous sommes affligés. Comment se fait-il que la préfecture de Tochigi doivent courber l'échine face à une entreprise d'automobile, aussi puissante soit-elle ? Son supérieur ne peut rien faire, ni son supérieur, ni le supérieur de celui-ci. On en conclut que la demande a du passer par une personne haute placée... En cette période d'élections, ca vaut le coup de se mettre le directeur de N. pour Tochigi dans la poche.
C'est incroyable le nombre de gens autour de moi qui bossent dans l'automobile !
Je vous tiens au courant de la suite de cette histoire.
Thomas
Thomas se bouge les fesses. Il fait preuve d'un dynamisme à toute épreuve. Je connaissais Thomas en "Monsieur Night Fever". J'ai découvert une autre facette beaucoup plus sérieuse.
Thomas a été embauché dans un restaurant français d'Utsunomiya. Le chef est un excentrique qui a étudié six ans en France. Son restaurant est réputé, il a beaucoup d'amis et gagne bien sa vie.
Thomas découvre jour après jour le travail en restaurant. Il travaille 9 à 10 heures par jours, 6 jours sur 7. Son patron lui a promis d'en faire son chef patissier attitré, mais du fait du manque de personnel, Thomas passe la plupart de son temps à éplucher les carottes, faire la vaisselle ou balayer par terre. Il y a les heures de pointe, où il n'a pas une seconde pour respirer, et les heures creuses, où il peut passer 2 heures sans rien à faire. Un peu dur pour Thomas qui est venu pour s'imprégner du Japon.
Thomas a également des choses à reprocher à son patron. Il n'a pas de contrat et chaque jour qui passe lui apporte son lot de surprise. Par exemple, il découvre que les repas qu'il mange sur place lui seront facturés. Que sa paye de 160 000Y (1050 euros), n'est pas nette, mais qu'il faudra y soustraire des taxes. Dans la foulée, le patron considère son jour de repos hebdomadaire comme jour non-travaillé et lui retire trois jours de paye.
Ca fait trois semaines que Thomas est au Japon. Deux semaines qu'il travaille. Il lui reste encore deux semaines avant de toucher son premier salaire.
Le chef a des grands projets pour Thomas. Il veut en faire un argument de choc pour attirer les clients. Il parle de contacter des journalistes pour écrire des articles sur son restaurant. Il le présente à ses meilleurs clients. C'est comme ça que Thomas a rencontré une poignée de yakuza qui lui ont aimablement proposé d'aller voir les putes.
Thomas en a marre. Son patron est louche, de mauvaise foi, de mauvaise humeur. Thomas veut faire de la patisserie. C'est là qu'arrive une bonne nouvelle. Nous avions contacter l'association des patissiers de Tochigi. La patisserie la plus renommée d'Utsunomiya téléphone à Thomas, le convoque pour un rendez-vous. Il y va. Son patron découvre l'affaire. Thomas lui annonce qu'il quitte le restaurant pour travailler en patisserie.
Mon téléphone n'arrête pas de sonner. C'est l'heure des négociations.
Hier le patron coince Thomas et lui fait la morale pendant deux heures avec un de ses amis. Il veut que Thomas reste travailler chez lui jusqu'à fin décembre. Lui annonce qu'il aura des problèmes sinon. Lui présente la patisserie rivale comme étant "d'une affreuse nullité, les gateaux sont mauvais, si tu vas là-bas ta carrière est finie". Il lui promet la gloire s'il reste au restaurant, mais n'offre pas une seule garantie quant aux conditions de travail et au salaire. Puis la conversation s'arrète là, le patron étant persuadé d'avoir mené une bonne négociation.
Je suis coincé au boulot et j'attends un coup de fil de Thomas pour savoir comment ça se passe. On passe nos soirées à réfléchir à des solutions. Nos amis japonais disent qu'on se fait entubé. On avait compris. Je vais aller avec Thomas négocier un départ dans deux semaines. Thomas aura travaillé un mois au restaurant, il recevra sa paye et tout le monde restera bons amis. Thomas m'a prévenu : "Il va gueuler !". On verra.
Je vous tiens au courant...
Romain
A côté de tout ça, je dois avouer que tout se passe plutôt bien pour moi. J'ai pas mal de boulot, mais j'arrive à gérer maintenant. Je reviens d'une semaine de séminaires à Tôkyô, où j'ai revu mes amis français coréens brésiliens chinois américains. J'ai rencontré l'ambassadeur de France à Tôkyô ainsi que le prince héritier du trone du chrysanthème (futur empereur). J'ai mangé et j'ai bu. J'ai annoncé aux amis que je quittais le programme JET. Bien sur en ce moment je suis un peu coincé entre le boulot un peu stressant et la maison où règne une ambiance un peu pesante. Je ne me plains pas, j'ai trouvé un prof particulier de pingpong qui me fait travailler coups droits et revers deux heures par semaine, en plus des entrainements. J'ai aussi depuis quelques temps une petite amie très sympathique qui m'aide à décompresser et à découvrir un peu plus le Japon.
J'ai quand même un soucis, de taille. J'ai de nouveau des projets dans ma vie, de l'ambition. Le quatrième quart de mon séjour au Japon s'annonce super. J'ai plein de choses à faire, des gens sur qui compter. Comme vous le savez, j'ai soutenu ma maîtrise, sans trop de difficultés, début octobre. J'ai ressenti quelque chose d'intense dans la recherche, comme une façon de s'échapper d'un boulot répétitif et sans trop de responsabilités, pour quelque chose de plus grand. Avec Anouk à mes côtés, je n'aurais sans doute pas eu besoin de ça. Les rêves, les grands idéaux, ça vous grise.
Toujours est-il que je me vois bien faire ma thèse. Vous savez, trois ou quatre ans de recherches, sur un sujet que dans votre entourage personne ne comprend, qui n'interesse personne à part une poignée de chercheurs. Un diplome de docteur, c'est une consécration. Pourquoi s'arrêter à mi-chemin ? C'est ce que je pense. Le hic, c'est que je suis actuellement en DEA. Officiellement. Mon mémoire était correct, mais pour intégrer l'école doctorale, il va me falloir fournir un travail démontrant mes facultés d'analyse et de synthèse, une réflexion construite et argumentée. Pour cela, il y a des séminaires très interessants organisés à l'INALCO, chaque semaine. J'aimerais y assister, mais je ne peux pas.
Pendant la soutenance, les profs m'ont descendu parce que je ne cite pas assez de thèses et de mémoires réalisés par des étudiants de ma fac. Il faut dire que j'ai une bonne excuse : j'étais sur place, au Japon, j'ai tenu dans mes mains le premier dictionnaire franco-japonais vieux de deux siècles, je suis allé fleurir la tombe de Nakae Chômin, personnage central de mon étude et père du mouvement des droits civils au Japon. Non, effectivement je n'ai pas eu le temps d'aller au service des thèses qui est réputé difficile d'accès même pour les étudiants parisiens.
Je me sens un peu isolé pour mener mes recherches de DEA. J'ai envoyé un mail hier à mon directeur de recherche qui s'est gentillement moqué de moi. Si vous avez des idées, n'hésitez pas ! J'aimerais vraiment que mon retour en France se passe dans les meilleures conditions possibles....
Je vous dis à plus les petits gars !
Allez, tous ensemble : "AILLE OUIL SEURVAILLEVEUHHHHHHHHH"