Mon appareil photo à la main. Un petit sac à dos rempli de sous-vêtements et chemises. Une bouteille de bordeaux.
Un voyage commence toujours par quelqu'un qui sort de chez lui, au petit matin. Il faisait bon ce matin, à 3 heures. Je fredonnais sur le chemin qui me mène à la gare, sans croiser âme qui vive. Une pause au combini, petit déjeuner (boulette de riz, jus de banane). A l'arrêt de bus, je retrouve le troupeau habituel des voyageurs. Dix minutes plus tard, nous embarquons, direction Narita (2h50 de trajet). Je règle mon réveil pour pouvoir prévenir l'agence de voyage d'un éventuel retard (rendez-vous à Narita : 7h00, arrivée supposée du bus : 7h30, décollage de l'avion : 8h50).
J'emmerge peu avant 7 heures, pour m'apercevoir que nous sommes... en plein embouteillages sur le périph' de Tokyo. On fait du surplace. Le chauffeur annonce une heure de retard. Je préviens l'agence, qui m'annonce que ça risque d'être difficile. D'après le chauffeur, si les bouchons se débloquent, j'arriverai suffisament à temps pour pouvoir embarquer.
Je me rappelle la conversation que j'ai eu à l'agence deux jours plus tôt :
"- Le rendez-vous est à 7 heures, mais le bus le plus rapide arrive à 7h30. Ca va aller ?
- Je serais vous, je passerais la nuit d'avat dans un hôtel à Narita.
- ..."
Je croise les doigts et les bouchons se dissipent. Notre chauffeur joue d'adresse et les cinquante kilomètres restant défilent à vive allure. A peine arrivé, je m'élance hors du bus, un homme m'attend au comptoir. Nous courons ensemble jusqu'à la porte d'embarquement. Il tend mon billet à une femme. Elle, sans y jeter un oeil, le regarde dans les yeux et lui annonce que c'est fini. Il lui rétorque qu'il reste encore une demi-heure avant le décollage, que je n'ai pas de bagage à enregistrer... Au même moment, un autre voyageur chinois qui veut prendre le même vol tend son billet. Elle nous renvoie tous les deux chez nous, d'un implacable : "J'ai un équilibre à respecter, on ferme !".
Mon agent de voyage me lance un regard qui semble dire "vous voyez, on a vraiment tout essayé", mêlé de satisfaction. Je sens mes tripes m'abandonner. Je lui confie mes bagages et me réfugie aux wc. J'ai du mal à réaliser ce qui se passe. En sortant, l'homme de JTB (première agence de voyage du Japon) me rassure, tout en promesses et me demande d'appeller vers 10 heures l'agence d'Utsunomiya où j'ai acheté mes billets, vers 10 heures. J'ai à peine le temps de lui demander son nom qu'il disparaît, me laissant seul, perdu dans l'immense foule des voyageurs.
Pendant que j'essaye de joindre mon amie Yang-Yang, censée m'accueillir à l'aéroport de Shanghai, les hauts-parleurs résonnent d'appels en japonais et chinois pour le vol de 8h50, le mien. Yang-yang ne répond pas. Je crois entendre mon nom dans l'aéroport : "Romain, Romain !" Ca m'arrive de temps en temps, comme si mon père ou ma mère m'appellait. Je me laisse envahir par une monstrueuse frustration, je n'en peu plus d'être un étranger. Ici, je ne suis pas à ma place, rien n'est prévu pour moi. Par exemple, je vous laisse imaginer les efforts déployés pour obtenir un visa et une assurance.
L'air satisfait que j'ai perçu sur le visage de monsieur JTB me rassure sur un point : si les Japonais déploient souvent des trésors de politesse dans la conversation, quand l'un d'entre eux a décidé de t'entuber, ça n'est jamais très éloigné de la façon française !
J'aimerais pleurer mais je ne suis pas chez moi ici, dans ce grand aéroport. J'appelle mes amis qui me consolent tant bien que mal.
A 10 heures, tandis que mon interlocuteur de tout à l'heure reste introuvable, je me fais successivement humilier par l'agence JTB d'Utsunomiya ("Je vous avais bien dis d'aller à l'hôtel !") et débouler par le guichet JTB de Narita ("Si vous voulez un ticket, il va falloir débourser 150 000Y !"). Impossible de récuperer ne serait-ce que le billet d'avion que je n'ai pas utilisé, il ne me reste littéralement que mes yeux pour pleurer. Visa, avion, bus, assurance, plus de 60 000Y ont disparu dans la nature. Il ne faut pas attendre non plus de paroles réconfortantes de JTB, "Au revoir, bonne journée" est le maximum que j'obtiens.
Du coup je rentre à Utsunomiya tout en réflechissant à la mésaventure. Visiblement, c'est de ma faute. Ca m'apprendra à vouloir voyager moins cher. C'est aussi la faute de JTB Utsunomiya, qui dans un premier temps m'a fourgué un billet hors-de-prix (70 000Y, le prix d'un aller-retour Paris-Shanghai), puis devant ma mine déconfite m'a finalement vendu un billet sans aucune garantie, à une heure matinale, sans me prévenir qu'il était techniquement impossible d'arriver à l'heure même en partant à 4h40 du matin ! Ils ont également essayé de me refourguer un visa à trois fois le prix normal sous prétexte que pour les étrangers y a plus de paperasse, et pour finir j'ai du faire des pieds et des mains pour une assurance voyage qui ne me couvre absolument pas dans le cas présent !
En réfléchissant un peu, c'est aussi la faute de la dame de la porte d'embarquement, pas vraiment compréhensible, qui a brisé d'un seul coup le fruit d'un mois de préparatifs, paperasse et échanges de mails avec mes amis en Chine. Le monsieur de JTB à l'aéroport m'a pris pour un con, c'est aussi de sa faute, et le pauvre chauffeur du bus s'est retrouvé coincé dans les embouteillages...
C'est décidemment la faute à pas de chance, sauf que mon appareil photo reste vide et que je suis bien fatigué. Je vais, j'en suis sûr, passer un week-agréable à Utsunomiya, fait d'amis, de bons repas et de mur d'escalade. Il n'empêche que cette plaisanterie m'aura coûté bonbon.
Je me prépare par contre à accueillir la petite Amélie et son copain dès la semaine prochaine, avant l'arrivée de Diane en mars et la visite de mes parents en avril !
Ne vous inquiétez pas, la guigne c'est pas courageux, et ça n'arrive pas tous les jours. D'ailleurs, pour vous prouver le contraire, je mettrais bientôt en ligne les photos du marathon de Tochigi de la semaine dernière ! J'ai couru dix kilomètres en 52'38''. J'étais content !
Bon, vous avez des idées, vous, pour être en vacances et se détendre, sans bouger, sans dépenser d'argent ?
Romain
(les photos de Shanghai, ca sera l'année prochaine ! I will survive !)
