9 :14 Shirakawa, dans le train pour Kôriyama
Bon sang, qu’est-ce qui pousse un gars comme moi à s’engager dans pareille
aventure ? Je suis incapable de me lever à l’heure. A 9h15, j’étais encore
au lit. Bon, d’accord, j’ai fais des cauchemars, plein de trahisons et de meurtres... Mais à cause de ça, je vais aujourd’hui encore lutter contre la nuit
qui tombe et qui me place à la merci des voitures.
En quittant l’hôtel ce matin, je m’aperçois que j’ai oublié tout mon argent. Je remonte, je cherche partout, vide mon sac, incapable de me rappeler où je l’ai laissé hier soir avant de sortir. Finalement je le retrouve, dans une « pochette surprise » du sac. Je sors de l’hôtel et il faut encore que j’arrive à me perdre dans les cinquante mètres qui me séparent de la gare... J’ai finalement choppé le train de justesse. Je dois avoir une bonne étoile.
10 :48 Parc Asakayama, Kôriyama


Plus le temps passe et plus je me rends compte que ce pèlerinage est un voyage dans le Japon « sans combini », à l’écart
des grandes villes. J’altèrne les villages de campagne et le grand néant,
passant délibérément loin des grands axes. J’ai longtemps cru que les villes
japonaises étaient toutes pareilles. Il suffit en fait de s’éloigner de la
gare, de prendre un bus ou un train rikiki pour se retrouver dans un cadre qui
n’est pas sans rappeler nos campagnes. Je suis sur une colline, dans le parc où
Matsuo Bashô, en 1689, est venu cueillir des fleurs. Il n’est pas spécialement
laid ce parc. Tiens, on dirait qu’il va pleuvoir...
13 :29 Restaurant de sushi, Motomiya
Je suis en train de m’éclater le bide dans un resto de sushi à 100 yen
l’assiette. J’ai pas trop le moral. Il fait froid et j’en ai ma claque des
routes pourries où ma principale occupation est de rester en vie. Heureusement,
un psychiatre francophile m’a conduit dans sa jaguar jusqu’à la ville suivante.
Motomiya est presque une ville. Il y a une gare et un combini. La suite du
trajet, c’est dix kilomètres le long de la rivière jusqu’à Nihonmatsu, où je
loge ce soir. Ca devrait aller.
15 :57 Temple Yakushi, Nihonmatsu


Je fais une pause au temple du bouddha qui guérit toutes les maladies. Il
me reste encore une heure de marche jusqu’à la ville. J’ai tourné en rond
pendant longtemps. J’ai essayé de suivre la rivière sans qu’il n’y ait de
route. Quand je me suis retrouvé bloqué par une forêt, j’ai bifurqué par une
scierie et suis tombé face à une immense nécropole (un colline recouverte de
sépultures). J’ai pris la première route venue et je suis arrivé à une usine de
retraitement des déchets, dans la montagne. En évitant les gros camions, j’ai
finalement retrouvé la rivière, à au moins cinquante mètres sous mes pieds (et
pas moyen de descendre). Un gars dans sa camionnette m’a indiqué le bon chemin
et j’ai retrouvé la civilisation, les maisons, les rizières et même un combini.
J’ai même une voie pour piétons ! Croyez-moi, après avoir fait
copain-copain avec le cadavre d’un tanuki
sur le bord de la route, je suis content d’être un peu protégé. Autant dire que
j’ai eu droit à des sensations fortes et ça m’a revigoré. Je m’y remets.
20 :40 Auberge des sources de Keiko, Adachi


Bien au chaud les jambes sous le kotatsu
(table chauffante), je regarde des variétés ringardes tout en prenant mon
dessert. L’auberge est charmante et le bain très agréable.