Après une journée passée à lire et traduire, j'écris un peu. Trop mal aux yeux.
Ecrire sera toujours écrire pour quelqu'un, même s'il est avant tout question de déverser un trop plein. Ce trop plein n'a d'ailleurs pas, je pense, de forme prédéfinie. Mon ventre me fait souffrir mais rien de bileux ne s'épanche sur cette feuille.
Qui sommes nous nous qui prenons la plume ? Qui ne l'a jamais prise ? Belle tentative de dépasser son corps, de s'arracher au présent. C'est un peu de vie qui se dépose sur cette feuille. Tu peux la faire tienne aussi, si tu la trouves à ton goût.
Je lis toujours trop vite, comme avec honte, les lettres de mes amis. Pour ne pas les laisser m'envahir. Je ne veux pas entrer dans leur univers intérieur, j'aurais trop peur de ne pas pouvoir en sortir. Chaque lettre est donc lue avec soin, du bout des doigts. Comprendre ce qui se dit, acquiescer poliment, feindre l'intérêt tout en préparant sa réponse.
Enfant-bulle, microcosme feutré, âme sous-vide. Approchez une flamme ou une aiguille et c'est l'implosion. Cette vie, ce n'est qu'un peu de gaz qui prend la forme des tensions qu'on lui imprime de l'extérieur. Que personne ne s'amuse à jeter un oeil sous le drap, in machina. Il n'y trouverait que le vide.
Vous n'êtes pas vides ? Vous ne le sentez pas ?
N'est-ce pourtant pas ce qu'on cherche, dans la chaise longue ; un oreiller pour deux ; au point culminant de l'effort ? Alors le bonheur serait une goutte de menthe fraîche, dans ce grand verre d'eau. La touche sucrée.
J'ai la mobilité de cette eau, dans ce verre. Qui me traverse. Nous jouons ensemble : je la prends à la terre puis la terre m'absorbera. Rien ne reste vraiment, je ne suis qu'un récipient pour cette eau, troué. Et les émotions fuient aussi, doucement, par ce petit trou.
Je sens le goût sucré, amer, acide, s'estomper, jusqu'à ce que quelqu'un jette à nouveau une belle poignée de sel dans l'aquarium.
Bonne nuit.
Romain