Depuis mon arrivée à Kyôto, je fréquente le cercle de danses folks de ma fac. Ils dansent tous super bien, mais ce sont des psychopathes de la danse. En une année, ils voient presque 300 danses, de tous les pays du monde. Le cercle existe depuis plus de 50 ans et l'ambiance est, comme il faut s'y attendre dans une association étudiante japonaise, ultra-rigide.
En général ils ne sont pas motivés par les danses françaises (1.ils ont un programme super-chargé, 2.ils sont à fond dans les danses d'Europe centrale), mais ils me tolèrent dans leurs "free-party", où chacun est libre de passer les morceaux qu'il veut. Dans ces moments, à l'aide d'une petite mazurka ou d'une chapelloise, je leur montre (à ma façon) tout le plaisir qu'on peut retirer de la communication avec sa partenaire (en tout bien tout honneur), c'est à dire échanger des regards, prendre le temps de discuter, etc...
Je fais également de l'accordéon depuis un an et quelque, mais j'ai jamais vraiment eu l'occasion de me frotter à des boeufs (euh... vous avez compris de quel genre de boeuf je parle ?). Heureusement, un coup de chance (et une envie de Guinness) a mis un pub irlandais très sympa sur mon chemin. Il y a des "sessions" organisées chaque semaine, et même un atelier gratuit de musique irlandaise !
Dans cet atelier je me suis fait un copain, un jeune moine bouddhiste qui joue de la flûte irlandaise. Il paraîtrait même qu'il s'entraine le matin dans le sanctuaire familial, entouré de bouddhas ! Il prend le temps de m'enseigner jigs et reels, tandis qu'en échange je l'initie au rythme de la mazurka et de la bourrée.
D'après ce que j'ai pu voir en fréquentant ce pub, la musique irlandaise, pourtant très enjouée, ne se danse pas beaucoup... C'est dommage, parce qu'en atelier on passe du coup un temps fou à se prendre la tête sur des histoires de rythme, alors qu'il suffit de s'être essayé une fois dans sa vie à la polka pour que ça vienne naturellement.
Bref, le rythme, ça ne se passe pas dans la tête ou dans les pieds mais dans le corps entier ! (C'est mon avis).
Pour les gens qui regarde, aussi, c'est sympa de connaître quelques pas simples pour se lancer (même si on peut aussi s'éclater à improviser de nouvelles danses).
Enfin, j'ai fait une troisième rencontre très sympa, par le biais d'un autre musicien du pub irlandais : la contredanse. Non, il ne s'agit pas de la prune que peut vous coller une pervenche si vous avez mal garé votre caisse (à ne pas lire au premier degré), mais d'une danse originaire d'Angleterre, récupérée par les Français (maudits Français !) avant de s'exporter en Amérique du Nord. Après avoir quasiment disparu, la contredanse (ou contra dance en anglais) connaît une résurrection depuis les années 70.
La contredanse, c'est une danse en ligne, avec un nombre illimité de couples, les garçons d'un côté, les filles de l'autre, où l'on enchaine des figures typiques de danse trad' (promenade, poussette, swing, pastourelle, etc...) sur des airs souvent irlandais (jig ou reel). Ca se danse dans l'équivalent nord-américain de nos bals trad, entrecoupé de mazurkas et de valses. Pour en savoir plus sur la contredanse, c'est par ici (en anglais).
J'ai donc été invité, avec ma chère et tendre, à une soirée contredanse, dans les locaux d'une église catholique près de chez moi. Le professeur est un barbu rêveur, venu des Etats-Unis, mais né à Paris. Le cours, donné dans un japonais très approximatif, était très sympa, même si, chose rare, il y avait plus d'hommes que de femmes (j'ai jamais vu ça). Je répugne un peu à danser avec d'autres gaillards, rien n'y fait... Un pas de valse, ça devient très vite du combat de sumo...
Enfin passons, la soirée a été très sympa. J'étais très reconnaissant à ma copine de m'avoir accompagné. La contredanse est finalement assez libre et on peut soi-même inventer de nouvelles danses. J'ai proposé à la fin du cours une petite chapelloise, qui a eu pas mal de succès.
David, le prof, m'a expliqué qu'il n'était pas lui même un danseur pro, qu'il n'avait jamais fréquenté le moindre cours aux Etats Unis, mais qu'une fois arrivé au Japon, pour son travail, il a été pris d'une envie de danser et s'est rendu compte que personne ne connaissait ni l'air, ni les pas... Il a donc petit à petit réussi à motiver des musiciens et des danseurs, pour arriver au résultat très sympathique auquel j'ai pu assister...
J'ai trouvé qu'on avait beaucoup de points communs (outre son très bon niveau de français), et surtout, c'est une ambiance qui me convient bien (même si ça manque de filles), une bonne alternative au pub irlandais (où personne ne danse) et au cercle de danses de la fac (beaucoup trop sérieux).
Voilà, tout ça pour vous dire qu'on danse à Kyôto !
Et chez vous, ça danse ?
Romain