Personne n'y échappe, même pas Fukuzawa qui est bien obligé de trouver les mots justes pour ses idées.
Nishi Amane et Chômin assument eux parfaitement cet héritage.
En reprenant ce qui a déjà été dit par Jacques Proust, sur le rôle de l'humanisme et de la Réforme, en tant que mouvements philologiques, ont peut chercher chez les confucianistes d'Edo, peut-être avant tout ceux de l'école d'Itô Jinsai et d'Ogyû Sorai, les ferments qui permettent la naissance de la science moderne au Japon. Le coup de pouce, par l'arrivée des ouvrages occidentaux et leur traduction, n'est absolument pas à négliger, mais on dit bien "qu'on ne peut entendre que ce qu'on est prêt à entendre".
Certes le contenu de ces ouvrages occidentaux est nouveau. Mais la méthode qui est lisible derrière semble trouver un écho chez les intellectuels de la fin d'Edo. Il est question toute fois ici de sortir de la morale, objet privilégié des confucianistes, pour se tourner vers l'observation des phénomènes.
Y-a-t'il un phénomène similaire en Occident ? Copernic et Newton s'appuient-ils sur la morale ?
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Éventuellement, le rejet du dogmatisme comme idéal philosophique (sans qu'on ne puisse parler ici de morale) doit pouvoir se retrouver dans les deux écoles (européenne et japonaise). La lecture des classiques est vue, chez les humanistes comme chez les confucianistes proches de Sorai, comme un moyen de repousser ce dogmatisme.
C'est peut-être cette lecture responsable et individuelle, ce rapport direct au texte sacré (et à tout texte qui potentiellement peut le devenir), bref, cette lecture méticuleuse, autrement dit cette sacralisation de la lecture (le lire bien) qui est la clé de l'essor intellectuel et scientifique.
En Europe, ces idées sont défendues par Rabelais ou Budé.
C'est ainsi que la valorisation du kanbun (comme source intarissable de la pensée asiatique) devient un moteur de la modernisation.
La langue chinoise est d'ailleurs le passage obligé de toute compréhension des textes occidentaux, car il n'est pas un concept de la pensée moderne occidentale qui ne soit traduit en association de caractères chinois. La langue chinoise impose donc son emprunte sur tous ces nouveaux concepts et permet une assimilation quasi-automatique pour qui est familier de cette langue (ce qui ne serait pas le cas avec des mots non-traduits ou simplement transcrits en katakana).
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A la fin de l'époque Edo, les Japonais se rendent compte que le monde est plus vaste que le "monde chinois" qu'ils connaissaient jusqu'à maintenant. La Chine et ses voisins avaient bien sûr toujours été là, mais le Japon savait garder ses distances avec ce grand pays. Mais voici qu'arrivent de nouvelles entités, qui ne respectent plus les mêmes règles...
Il est dit que la découverte du Nouveau Monde par les Européens a obligé ces derniers à repenser leur place dans l'Univers. En un mot, cela a stimulé la recherche scientifique. Le fait que les Japonais aient profité de la rencontre avec l'Occident n'est donc pas quelque chose dont il faille s'étonner. Le fait que les Japonais se soient appuyés sur les textes occidentaux ne retire rien à l'extraordinaire vigueur des sciences à la fin d'Edo.
D'ailleurs, la science occidentale serait-elle allée aussi loin sans la rencontre avec le reste du monde ? Copernisme et exploration vont de paire. Qu'aurait été la pensée des Lumières sans "le monde chinois", qui fournit à Voltaire et consorts tant de contres-exemples au monde dans lequel ils vivent ?
L'Occident n'a donc pas "apporté" la science au Japon, pas plus qu'il ne l'a apportée en Chine.
Comme le disait Yamagata Bantô au début du siècle, la différence entre les Occidentaux et les Japonais, c'est "qu'eux affrètent des bateaux et lancent des expéditions coûteuses autour du monde, tandis qu'il nous suffit, en restant chez nous, de récupérer les récits de ces voyages".
Le Japon n'a jamais été dans une démarche passive, il n'est pas besoin de le prouver (il en a sans doute été autrement pour la Chine). Vers le 18e-19e siècle, où d'autre ailleurs qu'au Japon trouve-t-on autant de traductions d'ouvrages occidentaux ? Où est l'Afrique, l'Inde, la Chine, le monde arabe ?
De même, la révolution intellectuelle européenne ne s'est pas faite en autarcie. Elle s'est nourrie de la rencontre du monde, même dans des époques récentes. Il n'y aurait donc pas d'un côté une Europe qui ne doive rien à personne et de l'autre un Japon qui doivent tout à cette dernière. Les méthodes sont bien internes, propres à chacun, Européens et Japonais puisent au berceau de leur civilisation, dont ils tirent une langue, des mots, et une vision du monde (religion). Voilà pour l'influence classique. L'extérieur semble leur offrir de nouveaux défis (d'aucuns diront : une altérité), qui testent la résistance de leur culture et permettent à cette dernière de s'élargir en lui proposant, de fait, ce qu'elle n'avait pas encore conçu. Le monde s'élargissant, le logos a besoin lui aussi de s'élargir, pour le recouvrir dans ses moindres recoins.
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